Dixie était là devant moi et en une fraction de seconde le sol s’est ouvert sous ses pieds et il a été englouti. Je l’ai vu disparaître brutalement entrainant son traîneau de plus de 200 lbs avec lui. Ces pièges peuvent être bien camouflés puisqu’ils sont recouverts de glace et neige ce qui les rend difficiles à repérer.

Le drame a eu lieu vers 16h30 heure local le 7 juin. Le soleil brillait, il faisait seulement -3˚C. Une journée parfaite! Nous étions à environ 450 km de compléter notre objectif de parcourir les 2 200 km qui séparent Narsarsuaq, petit village situé au sud du Groenland jusqu’à Qaanaaq, village le plus au nord. L’excitation était palpable et les esprits joyeux.

Dixie Dansercoer n’a eu aucune chance de s’en sortir

Je me suis approché prudemment de la crevasse en glissant sur mon ventre pour établir un contact auditif avec Dixie. Je l’entendais mais il n’y avait pas de mots que je pouvais distinguer clairement.
J’ai ensuite immédiatement communiqué avec Julie Brown, la femme de Dixie, ainsi que le directeur d’Expédition Unlimited Eric Bonnem: «Dixie est tombé dans une crevasse, il faut initier une opération de sauvetage le plus rapidement possible!». Eric a donc contacté l’équipe de sauvetage qui est partie d’Upernavik, un village de pêcheurs d’un peu plus de 1000 habitants qui dispose d’un aéroport.

Nous étions dans une zone que nous savions dangereuse

Le jour précédent ce tragique accident, nous venions de parcourir 200 km en un peu moins de 12 heures, notre nouveau record. Nous savions qu’il nous restait d’importants défis, et que plus nous approchions de la côte, plus il y aurait de crevasses.

Le matin de l’accident, nous avons dû retarder notre départ légèrement en raison de la force des vents. Après avoir parcouru 117 km, nous sommes entrer dans cette zone avec beaucoup de crevasses.

Nous avons perçu le danger et avons immédiatement arrêté. Nous avons pris une pause pour regarder la carte et avons décidés de ranger nos kites dans nos traîneaux d’expédition afin de nous éloigner à pieds de cette zone à risque. C’est durant cette manœuvre que mon partenaire, Dixie, qui marchait tout juste devant moi, a chuté dans cette abysse.

Un endroit difficile à atteindre pour les sauvetages

Pendant l’attente de l’équipe de sauvetage qui m’a paru interminable, je me suis activé à sonder la glace afin de sécuriser les lieux devant supporter le poids de l’hélicoptère et aussi la zone d’accès à la crevasse. Je retournais vers Dixie pour lui parler, lui dire que les secours était en route. J’étais en contact avec sa femme et je lui ai dit qu’elle l’aimait et que nous étions tous derrière lui. J’ai continué à lui parler même lorsqu’il n’y avait plus de réponse. Environ 5 heures après l’appel d’urgence, l’hélicoptère m’a aperçue au milieu de l’immensité blanche. Il s’est posé sans incident avec à son bord un médecin et trois secouristes.

Un gouffre profond

Les sauveteurs ont tenté de retrouver Dixie pendant plus de 2h. Ils sont descendus à plus de 40 mètres de profondeur mais ils n’étaient toujours pas en mesure de voir le fond. À leur avis, ce gouffre faisait au moins 90 mètres de profondeur. Le traîneau qui contenait tout son matériel et les échantillons amassés pour la recherche scientifique a pu être repéré, bien coincés dans la crevasse, mais pas le corps de l’explorateur. Les secours n’ont rien pu faire de plus sinon ils se seraient mis en danger en descendant encore plus bas. Ils sont remontés les mains vides, et désemparés.

Nous sommes tous repartis avec le coeur lourd vers le village d’Upernavik. J’ai été transféré à l’hôpital pour des examens de routine et pour parler aux autorités locales. Mon corps était épuisé et légèrement déshydraté mais tout le reste était normal.

Dernier communiqué

C’est avec un cœur inconsolable que je fais cette dernière mise à jour de l’expédition. Au revoir Dixie. Ce fut un privilège et un honneur d’apprendre, d’être inspiré et de partager ta passion des grands espaces polaires. Ces 31 dernier jours passés ensemble m’ont définitivement transformés.

Il y a maintenant un nouveau protecteur dans le ciel polaire. Tu as su inspirer tant d’aventuriers, qui comme toi sont des défenseurs de ces grands espaces de liberté. Ton héritage est immortel et j’espère que tu seras fière de nous.